Par quel foutu hasard

Alors quel est ce hasard qui conduirait à l’ordre ? Un hasard qui organise. Par quel hasard cette astéroïde qui arrache à la terre ce qui sera la lune, et sans lune pas de terre. Bien avant c’était déjà ce drôle de hasard qui agglutinant la matière nous donnait le soleil. Et qu’en est-il de celui des galaxies et du Big-bang ? Et de celui de la vie et des esprits ? Oui qu’en est-il de cet autre qui fait muter les gènes et les épigènes ? De cette farandole de molécules en nous qui construit nos corps et nos esprits ? Est-ce le même ?
Parmi tous ces possibles, pourquoi celui-ci qui m’a donné le jour comme à tant d’autres. Pourquoi nous donner la pensée si ce n’est pour penser l’impensable ? Non cela ne peut être le hasard ou alors pas cette sorte de hasard que l’on connaît par nos mathématiques. Il n’est pas tirage dans une urne. L’univers est émergence, il n’est pas un choix préexistant parmi d’autres préexistants dans une urne des possibles. Chaque unité d’espace temps qui passe est un nouvel univers qui tend toujours vers un nouvel ordre. Certes au loin comme au proche tout semble identique mais rien n’est pareil et ce depuis le début des choses. Alors petit homme que tu parles de Dieu ou que tu parles de science, tu te trompes certainement. Comment ne pas se tromper devant une aussi magistrale création. Et tout cela serait sorti du néant contraction singulière de l’espace-temps. Comme l’homme a eu raison de s’incliner respectueusement, comme il a eu raison aussi de fiévreusement chercher à comprendre, le peu qu’il a compris lui a tant apporté. Peut-être est-ce maintenant le temps d’être humble et de consacrer une plus ample partie du génie dont nous héritons à préserver notre héritage et à le faire fructifier. Comprendre l’ordre des choses et être les égaux des Dieux n’est-ce pas un peu trop présomptueux pour les singes savants que nous sommes, ne serait-ce pas une tâche impossible ? Alors qu’aujourd’hui notre jardin est encore en trop endroits friches, ronces ou sables des déserts. Notre tendre mère la Terre n’est pas notre esclave, nous ne pourrons l’enchaîner. Notre destin comme son destin ne nous appartient pas. Ou nous évoluons ou nous mourrons. Toute jeune espèce parmi tant d’autres disparues aujourd’hui, jamais nous ne saurons ce que devions être, mais il nous faut vivre pour que peut-être un jour d’autres le sachent. Vivre, n’est pas survivre, vivre c’est être libre, liberté que donne la connaissance car elle seule conduit à la réelle humilité. Donnons cette chance aux autres de la Terre de pouvoir contempler l’ordre des choses avec des yeux illuminés de savoirs.

les liens économiques

L’échange de biens et services crée des liens. On distingue dans nos sociétés l’échange marchand qui passe par un paiement monétaire reposant sur un prix, il constitue le lien économique marchand et se gouverne par des règles de marché assises sur des lois et des standards ; de l’échange non-marchand pour lequel la contrepartie monétaire passe par la forme d’impôts et taxes assis sur les transactions, les revenus et le patrimoine des personnes et des entreprises. Entre ces deux extrêmes, il existe un grand nombre de fonctionnements intermédiaires pour des produits sensibles (soins médicaux, services judiciaires, médicaments, armements, énergies, tabac, alcools, jeux…) pour lesquels les activités sont soumises à des prix plus ou moins administrés et des autorisations de vente très réglementées. Quelque soit la forme de financement, l’échange de biens et services crée un lien économique.
Pour les uns il faudrait accroître les échanges de biens et services non marchands, d’autres pensent l’inverse. L’échange marchand est critiqué depuis toujours. Les marchands ne sont que des cupides. Pourtant ils prospèrent depuis des millénaires, plébiscités par des milliards d’échanges quotidiens et des recours en justice très rares. Mais, l’échange marchand a mauvaise presse car depuis toujours il encourage l’envie, le caprice, l’inutile, le futile… Alors que le don de soi sanctifie et purifie, l’échange marchand avilit et corrompt. Cette pensée, très présente dans la doctrine sociale de l’église catholique l’est moins dans le reste de la chrétienté, dans le judaïsme et chez les musulmans. Elle est la voie de l’éveil chez les bouddhistes, qui exige le détachement des choses matérielles et l’oubli de soi. Cette inclination à condamner le lien marchand se retrouve dans la pensée socialiste, marxiste, écologique qui, sans prôner un total détachement du matériel, préfère largement le lien non-marchand pour y pourvoir car il est le seul gage de justice sociale et de protection des faibles. Le marchand serait-il immoral et le non marchand moral ?

Le lien économique qu’il soit marchand ou non, est à la fois complexe parce qu’il repose sur la création, la production et la mise à disposition régulière de biens et services, ce qui exige la mobilisation de personnes et de capitaux dans des organisations complexes, et simple parce que le lien n’existe que s’il y a contrainte ou confiance : contrainte lorsque l’échange s’effectue en situation de monopole ; confiance en régime de concurrence.
La contrainte en la matière vient du fait qu’il n’existe pas d’autre choix que l’offre du monopole.
La confiance est la condition même de l’échange en concurrence car les offreurs sont plus ou moins nombreux et cherchent à se distinguer par leurs différences. Il y a asymétrie d’information entre le vendeur qui connaît son produit et l’acheteur qui souvent ne le connaît pas ou mal, l’échange traduit la confiance que l’acheteur fait au vendeur. Sans choix entre plusieurs offreurs, ce n’est plus la confiance qui se manifeste lors de l’échange, c’est la nécessité qui oblige à l’échange. De nombreuses instances nationales et internationales sont d’ailleurs là pour garantir cette liberté de choix, interdire les ententes et les positions dominantes. Pour l’instant rien de moral ou d’immoral dans tout ceci. Vous avez besoin d’un marteau, soit vous l’achetez à la manufacture qui détient le monopole de la production de marteau, soit vous avez le choix entre plusieurs sociétés qui fabriquent et commercialisent des marteaux. A priori aucune différence, tant que vous êtes satisfait du rapport qualité prix de votre marteau. Mais si vous ne l’êtes pas ou plus alors la différence est grande.

Les services publics issus des droits régaliens de l’Etat : justice, police, armée, sont par essence des services non-marchand, cela ne prête pas à grande controverse et le monopole de l’offre est largement accepté. En revanche le débat est souvent houleux, sur les monopoles naturels liés à l’existence de réseaux ou de ressources naturelles incontournables (rail, voies d’eau, autoroute, réseau électrique, télécommunication, maritime, aérien, mines et gisements) et sur certains services : l’éducation qui, à la fin du XIX devient un enjeu national ; la santé dans la seconde moitié du XX.
L’éducation, est apparu dès les soubresauts post révolutionnaires comme une donnée stratégique. Pour la première fois, on comprenait que la masse mal née engendrait le génie, dont découlait la puissance économique et militaire, la République avait besoin d’ingénieurs. Le savoir, jusqu’alors objet de curiosité et de divertissement réservé aux initiés, toléré par l’église, débordait de son vase pour se répandre sur la multitude qui engendre l’exception. A l’hérédité des conditions humaines succédait l’émergence des conditions. Le savoir aspire de la liberté de pensée et d’expérimenter et expire des connaissances et d’approximatives compréhensions. Savoir construire un pont, un véhicule, un outils quelconque, une loi, une règle, un modèle, un principe ou une théorie, c’est une liberté objective. Mais le savoir est aussi source de contraintes car il trie entre les possibles et les impossibles. Forger les possibles pour vaincre l’impossible ! Telle est sa devise.
Contrôler les savoirs, les transmettre, les trier. Recruter, former, gérer les personnels. Construire, entretenir, équiper des locaux. Bâtir et valider des programmes. Les questions concernant l’école, son contenu, son coût, son efficacité, son mode de financement : privé ; public, sont permanentes. Chacun a sa vérité sur telle ou telle méthode d’apprentissage de la lecture, les esprits s’échauffent facilement car il en va de l’avenir des enfants. Dans la plupart des pays l’Etat contrôle une grande partie du système éducatif et certains n’hésitent pas à considérer la chose comme une extension naturelle des droits régaliens, destinée à garantir le principe d’égalité des chances. Naturellement l’équilibre économique de l’éducation nationale est établi sur un lien économique non marchand. Mais, entre l’école publique à financement non marchand et l’école privée hors contrat à financement exclusivement marchand, il existe une multitude d’écoles et d’établissements sous contrat, qui mélangent financement marchand et non marchand. Le monopole n’étant pas total, il reste différents choix, l’échappatoire est possible. Un certain équilibre s’est instauré. Là encore rien ne permet de distinguer le moral de l’immoral. Pour un service d’éducation ou d’instruction publique, les liens économiques possibles sont nombreux, comme pour le marteau ce qui importe est la satisfaction de l’utilisateur.
La santé est devenue publique lorsqu’on s’aperçut que le germe, la bactérie, le virus existaient. Le mal n’était plus une damnation qui frappe au hasard une personne dont on s’éloigne. Non, le mal pouvait être identifié et éradiquer si, et seulement si l’ensemble d’une population en était vaccinée. Les questions de santé passaient de la sphère privée à la sphère publique La république avait besoin de bras pour tenir ses armes. La République a créé la santé publique financée par prélèvements obligatoires, du non marchand. Parallèlement se développaient les cliniques privées et la médecine libérale. Le tout alimenté en médicaments par des laboratoires marchands, autour de praticiens souvent travailleurs indépendants ou agents de la fonction publique hospitalière. La santé est elle aussi une activité au sein de laquelle coexistent le marchand et le non marchand. Là aussi peu importe pourvu que cela marche. A quel prix, est souvent la question que l’on pose ?

Le travail est aussi un service particulier. Né de la révolution industrielle du XIX, le travail qui jusqu’alors se négociait dans les campagnes à la journée ou à la tâche, se négocie sous certaines règles. On cherche alors à s’attacher la main d’œuvre car l’artisanat industriel exige la formation de compagnons, dont on souhaite la présence régulière. Le travail traduit la mise à disposition volontaire de sa propre personne pendant une durée de temps physique, au profit d’autrui et contre rémunération. Du travail à la criée, on passe au contrat, dans le cadre d’un code du travail en vigueur et de conventions. Quel progrès ! Non quelle aliénation puisque le travailleur produit un surplus que s’accapare le capitaliste ! Et oui il y a dans toute société sophistiquée la part des autres. Il est rigoureusement impossible dans un lien économique durable de ne pas rémunérer l’ensemble des participants : épargnants ; intermédiaires financiers ; fournisseurs ; salariés ; administration. Du travail tout dépend, car depuis l’aube de sa conscience, l’humanité est grégaire et sociale, elle sait qu’elle est plus efficace unie autour d’une stratégie convaincante, que divisée. C’est le surplus créé par les mises en commun de temps au service d’un ouvrage collectif réfléchi qui se partage. Le surplus est engendré par le travail coordonné et l’appropriation du surplus est l’objet de lutte dès qu’une collaboration s’engage. Le débat est passionnel, car effectivement si on n’arrive pas à vendre son savoir-faire, c’est la faim ou pour le moins l’inconfort qui menace. Le débat est tellement passionnel qu’il est plus facile de divorcer entre conjoints que de se séparer d’un salarié. On a le droit de se tromper en amour mais pas au travail. On embauche pour exploiter, on débauche de la misère. Il n’est question pourtant que d’établir des règles claires qui visent à échanger un service assis sur la durée Les conditions de la collaboration et de la séparation devraient être prévues dès la signature du contrat d’embauche, dans des minima légaux liés aux montants des rémunérations pour protéger le faible. Le licenciement est vécu comme un drame car il brise le lien économique qui nous unit aux autres. Or sans lien économique, le lien social se délite rapidement. La lutte prolétarienne est une lutte pour le travail digne, mais surtout stable et bien rémunéré. Les ouvrières et les ouvriers licenciés des usines témoignent de leur passé de travailleur avec sanglots comme d’un âge d’or. Car en même temps que son travail, on quitte ses pires amis et ses meilleurs ennemis. « C’était comme une seconde famille quoi ! ».
La situation des travailleurs est de plus souvent différente suivant qu’ils œuvrent dans le secteur marchand ou non marchand. Les salariés du secteur public bénéficient de la garantie financière de l’Etat Eternel et bien souvent d’un statut de titulaire qui les protège des licenciements. Les politiques passent l’administration reste. L’ensemble des personnes qui œuvrent à des échanges non marchands sont rémunérés par les prélèvements obligatoires. Le citoyen abandonne sa souveraineté de choix au profit de l’administration publique en situation de monopole. La situation du travailleur marchand est différente car il ne bénéficie que de la garantie financière de la personne morale qui l’emploie. Quand elle disparaît l’emploi disparaît, la personne n’est pas titulaire de son poste, et la variable travail est une des variables d’ajustement.
Le lien marchand heurte souvent les consciences parce que le profit individuel le guide. Le grand Adam Smith s’est évertué à montrer que cette recherche égoïste conduisait à satisfaire les besoins collectifs par une main qui est restée malheureusement invisible. Sans doute la destinée collective de l’espèce agit-elle ? Il reste que le lien marchand est de loin le lien économique le plus pratiqué au monde, il a survécu à tous les régimes en temps de paix, comme de guerre. L’humanité est peut-être encore plus futile que ne le redoutent les austères penseurs, elle aime se vautrer dans la consommation. Là encore où est le moral, où est l’immoral. Est-ce immoral d’aller acheter son pain plus cher à sa boulangerie préférée, parce que c’est marchand? Est-ce moral d’être sans le sous aux resto du cœur, parce que c’est non marchand ? La plupart des biens et services que nous consommons sont marchands. Il n’y a rien là ni de morale ni d’immoral parce que le lien économique est amoral, en dehors de la morale, comme le marteau c’est un bon ou un mauvais marteau.
Le lien économique est plus ou moins efficace, équitable ou pas, de monopole ou de marché, plus ou moins marchand, durable ou éphémère, passionnant ou décevant, légal ou illégal, mais il n’est jamais ni moral, ni immoral. C’est là un qualificatif qui lui est étranger comme l’est l’âme au marteau. Il n’est qu’un moyen d’échanger des savoirs faire, de se rendre des services, de construire à plusieurs plutôt que chacun seul dans son coin.
La question du partage du butin est toujours très sensible. Quelle sera la part de chacun et le partage sera-t-il équitable ? Sans parler de ce qui serait juste ou injuste dans l’absolu et de la juste valeur des choses? Le lien économique est équitable tant qu’il satisfait. Pour le marchand l’expression de cette satisfaction s’exprime par la répétition de l’acte d’échange librement consenti dans la limite des ressources. Pour le non marchand, l’état de satisfaction est plus délicat à observer car le choix n’existe pas, on ne peut refuser de payer ses impôts au motif que l’on n’est pas satisfait du service rendu et tenter de changer de fournisseurs, sauf à choisir l’exil. Le citoyen est captif des lois de son pays. En revanche, on parle de sanction des urnes. Les élections sont le rendez-vous du citoyen avec les gestionnaires de l’entité nationale, il élit ses dirigeants. Cette sanction citoyenne n’est possible que s’il y a pluralité de candidatures, c’est-à-dire concurrence. La compétition politique est arbitrée par l’élection dont l’issue désigne les vainqueurs qui se verront confier la charge des liens économiques non-marchands. Les votes sont la richesse du politique, il doit plaire à une majorité qualifiée et c’est lui qui tient les cordons de la bourse collective, les risques de clientélisme sont grands. Le politique évolue dans un régime de concurrence mais ce n’est pas un marché, ni une lutte, c’est une compétition.
Il existe souvent une grande confusion entre les notions de concurrence, de marché, de capital, de libéral, de social. Toutes les sociétés qui produisent des biens et services sophistiqués sont capitalistes dans le sens où une accumulation de capital est nécessaire pour œuvrer. C’est un capitalisme privé lorsque les propriétaires sont des personnes physiques ou morales, c’est un capitalisme d’Etat lorsque les titres appartiennent à l’Etat. L’économie est capitaliste, lorsque se manifeste une accumulation de capital, de marché lorsque les échanges s’effectuent contre un prix librement consenti, administrée lorsque les prix sont fixés par l’Etat. L’économie capitaliste du non marchand est la part de l’activité dédiée aux les investissements et à la production de biens et services financés par les impôts, taxes et cotisations obligatoires. Toute économie capitaliste combine du capital privé et du capital public afin de produire des biens et services dont une part s’échange au prix de marché, une autre part aux prix administrés, le reste est financé par les prélèvements obligatoires. Le débat de politique économique autour du libéralisme ou du socialisme revient à déterminer l’importance de chacune des parts. On est anarchiste ultra libéral lorsque l’on souhaite 100% d’échange marchand, 100% de capital privé, la fin des Etats nationaux ; libéral lorsque l’on souhaite la limitation de l’administré et du non marchand au droits régaliens et aucun capitalisme d’Etat dans le secteur marchand ; plus ou moins social ou socialiste suivant la part des échanges et du capital que l’on désire que l’Etat contrôle ; communiste et anti libéral lorsque la disparition du capital privé, l’extension du non marchand et de l’administré sont souhaitées.
La concurrence quant à elle repose sur la possibilité de proposer des biens et services différenciés. La différenciation est naturellement limitée par les contraintes de coûts, de financement, de faisabilité, d’imagination, la frontière des possibles comme l’appelait Maurice Allais. Elle peut être aussi limitée par des lois et des règles administratives qui régulent les marchés.
Il reste maintenant à dédramatiser les questions et les insatisfactions qui existent autour des multiples liens économiques qui enchaînent nos destinées et à œuvrer pour des liens souples et solides.

conflits sociaux

Des conflits sociaux.

La France souffre particulièrement de l’incapacité des partenaires sociaux à résoudre les conflits autrement que par la grève, l’occupation, le chantage…Ce printemps 2003 en est une fois de plus l’illustration.
L’alignement des retraites et plus de 42 ans de cotisation à terme, est-ce juste ? Non et cela ne peut pas l’être dans un premier temps. Une inégalité de traitement existe entre ceux qui sont actuellement retraités après 37,5 années de cotisation, ceux qui cotisent déjà 40 ans et ceux qui demain cotiseront 42 ans ou davantage. Voilà une génération du Babby Boom dont les parents ont travaillés durs qui ont travaillé peu, qui vont vivre vieux, qui ont été incapables de faire des enfants en nombre suffisant pour assurer leur retraites face à une génération babby crunch qui va devoir jouer les fourmis pour entretenir les cigales. La fonction publique est en ligne de mire.
Comment pour les humbles citoyens que nous sommes se faire une idée de ce qui en la matière relèverait d’une justice équitable ? Quelles institutions représentatives pourraient être en mesure de trancher entre les différents intérêts ? A qui confier la lourde tâche de décider en conscience?
Une chose est sure le principe de la retraite par répartition malgré sa patente fragilité financière aux fluctuations démographiques reste en dehors du champs de discussion, tout juste a-t-on le droit d’y réfléchir. Comment financer les dépenses des retraités. Quelque soit le modèle, répartition ou capitalisation, ces dépenses comme celles des enfants, des chômeurs,…, de tous ceux qui ne peuvent participer à l’effort de production est à la charge de ceux qui produisent et plus particulièrement ceux qui produisent des biens et services marchands. Plus le ratio actifs secteur marchand/population totale que l’on pourrait appeler le taux d’activité marchand baisse plus la charge sur la valeur ajoutée marchande produite augmente. Certes les retraités représente un marché, mais ne nous leurrons pas le panier leur est offert par ceux qui l’on produit. En effet, les retraites sont financées soit par le produit des impôts taxes et cotisations des actifs employés du secteur marchand pour la répartition, soit par les dividendes, les intérêts et plus value versés aux fonds d’investissement en ce qui concerne la capitalisation. Ceci constitue dans tous les cas un prélèvement sur la valeur ajoutée marchande produite.
Car il faut bien comprendre que la viabilité de ces systèmes ne dépend au fond que du montant de valeur ajoutée marchande produite. Ce qu’on appelle communément la croissance du secteur marchand. Il en va ainsi des systèmes de retraite mais aussi de l’assurance maladie, de l’assurance chômage et de la continuité des services et prestations de l’Etat, les fameux services publiques dont le public est très régulièrement privé pour motif de mouvement sociale, le mouvement qui paralyse voilà qui est paradoxal.
Or, cette valeur ajoutée marchande si essentielle à notre survie se capte pour bon nombre de produits et services sur des marchés internationaux concurrentiels, pour lesquels le rapport qualité /prix est déterminant. Pour le reste elle provient de l’échange de biens et services marchands non concurrencés par l’étranger à des prix qui prennent en compte l’ensemble des coûts liés à la baisse du taux d’activité marchand.
Si nous augmentons les cotisations comme le préconise certains, ceci se répercutera sur les prix des produits ce qui compliquera nos échanges extérieurs et renchérira nos échanges intérieurs. L’allongement de la durée de cotisation revient quant à elle à augmenter le taux d’activité marchand son impact est a priori neutre sur les coûts. Mais est-ce bien certain ? Théoriquement oui. Mais pratiquement avec un taux de chômage qui grimpe, des emplois publiques qui se multiplient et les plus de cinquante ans qui n’intéressent plus personne sur le marché de l’emploi. La chose est moins certaine. Conserver contre son gré une personne au travail après soixante ans alors qu’une autre de moins de trente ans, au chômage trépigne d’impatience devant sa place. Est-ce très profitable ? L’idée qu’un allongement des durées de cotisation augmente mécaniquement le taux d’activité marchand n’est pas si évidente que cela.
En dernière analyse ce qui garantit les niveaux de retraite, les rémunérations des actifs et les profits des entreprises est une capacité à générer une valeur ajoutée marchande importante. Cette capacité est liée à une augmentation de la qualité des produits et services plus importante que l’augmentation des coûts résultant de la variation du taux d’activité marchand. Il nous faut être inventifs, rigoureux, proches de nos clients, honnêtes et travailleurs en un mot productifs. Sans doute certains post-soixante huit y verrons le signe d’une régression sociale et les alter-mondialistes s’y opposeront, mais il semble que nous y soyons contraints, à moins d’accepter de rogner sur la progression de nos pouvoirs d’achat.

clientélisme

Discours à Populus.

A Rome, au temps de César on achetait les votes, la République, le peuple étaient à vendre, et César a tout acheté grâce au richissime Crassus et au produit de ses conquêtes gauloises. Aujourd’hui les choses ont-elles vraiment changées ? En apparence oui, le nombre d’électeurs impliqués est beaucoup plus grand, les systèmes d’échange sont plus sophistiqués…Mais à y regarder de plus près, que de similitudes.
Comment achète-t-on maintenant les votes ? Par des promesses, qui se traduiront plus ou moins par des lois récompensant sa clientèle et ses gens, comme à Rome. La clientèle politique est segmentée chaque parti politique chaque mouvement exploite une niche dans le grand marché des scrutins, qu’il récompense en fonction des pouvoirs que toi Populus tu lui as confié. On appelle cela répartir les fruits de la croissance et lutter contre les injustices sociales. De ruineuses politiques sans lendemain sont ainsi entreprises, la croissance stagne, l’injustice règne, la désillusion gagne. Les promesses des autres qui ne coûtent qu’à ceux qui les écoutent, finissent par attirer le chaland, l’opposition devient majorité, la politique change, la ruine succède à la ruine, la fiscalité étouffe, Populus s’agite, les rues ne sont plus sures, les bandes font la loi, la lumière des grandes cités attire la misère qui pullule, Populus tu t’effrayes et tu cherches un sauveur. Mais César n’est plus ! Ta destinée t’appartient.
Ne distribue plus de manière inconsidérée aux flatteurs l’ensemble du pouvoir. Garde-en un peu pour toi. Que ta sagesse et ta conscience s’éveille et s’exprime à travers une assemblée qui te ressemble. Voilà ce que je te propose ! Voilà pourquoi je demande ton soutien.
De grâce ne te laisse plus acheter par des promesses sans lendemain, confie à d’autres toi-même le soin de juger du principe de la simplicité et de l’équité des lois. Comprend bien que l’Etat n’est rien sans toi, toi seul crée la richesse, les puissants de ce monde te sont redevables des richesses et des honneurs que tu leur confies, ils ne sont pas là pour agir en maîtres, ils sont tes serviteurs. Ne te laisse plus abuser par les subsides que l’on t’octroie, ce n’est que ton argent que l’on te rend, tu n’as pas besoin d’aumône, tu es naturellement désireux d’agir et d’être utile. Tu cherches dès le plus jeune âge à comprendre et à faire. Ces cubes que, bébé, l’on a empilé et démoli inlassablement des centaines de fois, voilà notre nature profonde, notre inné.
L’assemblée des similaires ou la chambre des 1000 que je soumets à ton vote c’est ta voix au niveau de l’Etat que je veux faire entendre. N’écoute pas ceux qui t’en prétendent incapable. Ton vote te sera dicté par ta conscience. Il y en aura toujours quelques uns parmi vous qui connaîtra suffisamment le sujet pour pouvoir expliquer, certains seront pour, d’autres contre, ils diront pourquoi. Toi tu écouteras, tu discuteras, tu liras, tu t’instruiras de la chose, tu amenderas… A la fin quand ta conscience te le dicteras tu approuveras la loi au 2/3, alors elle sera la loi pour tous, elle sera légère et simple, appréciée du plus grand nombre. Ces 1000 du peuple ne sont après tout que l’équilibre des presque 1000 du Sénat et de l’Assemblée qui ont été accordé par le peuple aux partis. La Politique et la Conscience réunies, voilà le nouveau visage des pouvoirs de l’avenir.
Que ceux et celles que le sort aura désigné restent anonymes, qu’ils délibèrent à huis clos, dans le calme et le réflexion. Nécessité, équité et simplicité voilà les valeurs auxquelles la loi devra répondre.
A ceux qui douteraient de l’existence de la conscience, qu’ils se renseignent on sait que notre espèce pratique une vie sociale tintée d’altruismes autour d’une organisation familiale et affective depuis des millions d’années. A Laetoli en Tanzanie, les empreintes laissées par les pas de nos aïeux australopithèques en témoignent. La métamorphose vers l’homme pensant et conscient d’aujourd’hui est connue dans ces grandes lignes si ce n’est par son détail. La révolution politique industrielle et sociale de ces deux derniers siècles a produit un peuple de plus en plus éclairé qui a développé des systèmes de collaborations complexes et sophistiqués. Que ce peuple ne puisse juger les lois qui vont lui être appliquées est un aberration, presque une injure. Le peuple ne serait-il souverain et éclairé qu’au moment où par son vote il confie sa destinée aux représentants des partis, ensuite il redeviendrait imbécile et incapable.
Non, que ceux qui croient en leurs proches en leurs collaborateurs, en leur mécanicien, leur boulanger, qui croient en l’homme et plus généralement en l’humanité, que tous ceux-là nous rejoignent au moins sur ce point et défendent l’institution de la chambre des 1000, comme juge ultime des lois et des décrets d’application des lois. C’est la meilleure garantie pour une loi respectable et respectée.
Mais Populus, tu sens comme moi que ce n’est pas là que ta conscience sera la plus utile. Pourquoi es-tu si essentiel pour les temps qui viennent ? Certes tu réussiras certainement en quelques décennies à rendre notre société plus riche. Mais cette richesse construite sur une montagne de pauvreté elle te semble fragile. Les dommages pour certains déjà irréversibles que notre activité fait peser sur les grands équilibre de la planète te préoccupent plus que tu ne le laisses paraître. Là, tu sens ta descendance menacée. Confusément, au loin c’est l’humanité même qui est en danger. Peut-être est-ce son destin que de disparaître à l’aube, au sortir d’un grand sommeil peuplé de rêves hantés d’horribles cauchemars. Une humanité, chair de l’univers qui exhalerait son dernier souffle alors que ses paupières s’entrouvrent. Les yeux baignés d’une clarté embuée, elle s’éteint au petit jour, son âme s’évapore à jamais dans le froid sidéral, elle quitte ce corps chaud plein de sang et d’humeur, en partant elle verse une dernière larme. Quel gâchis, quelle occasion manquée pense-t-elle alors qu’un frisson l’envahit.
Moi je n’y crois pas et vous non plus vous n’y croyez pas, je le sais, je le sens au fond de vous. Où est l’inéluctable ? Ne sommes-nous pas en la matière les décideurs ? Qui monte les usines, fabrique les produits, jette les emballages, gaspille l’énergie, déclenche la guerre et le massacre, entretient la terreur, manipule et corrompt. Qui dites le moi ? Dieu des dieux des démons, envoûtement, cynisme, avidité, cupidité, folie ? Non aucun de ces mots, ils ne sont qu’alibis inventés pour apaiser les tourments de notre âme face à nos propres crimes. Nous ne sommes pas des Saints, c’est pourquoi c’est par la règle que nous progressons. Rituels, sacrements, lois, coutumes, traités, commémoration… La règle, son rappel inlassable, les sanctions pour qui l’enfreint. A chaque âge ses règles, les règles de l’enfant, les responsabilités de l’adulte. Partout, une règle s’applique même à la guerre où les crimes sont punis, on est prié de massacrer proprement.
Ce que je veux c’est que toi Populus partout dans le monde, tu disposes d’une chambre de personnes qui te ressemblent que le sort aura désigné parmi celles et ceux qui le désirent. Ces citoyens ordinaires panels de nos populations seront quelques années de leur vie ta conscience puis ils disparaîtront en toi et d’autres les remplaceront afin qu’à jamais ta conscience s’incarne dans les Etats.
Alors, ton destin humanité est immense, des millions d’années que tu te bats avec la matière, pour exister d’abord puis te mouvoir, penser, parler, comprendre , lire, écrire, compter, fabriquer, alors que tes pouvoirs croissent exponentiellement et qu’enfin tu espères avoir les outils pour vaincre la misère, tu dois pouvoir exprimer ton choix, tes choix pour le monde de demain.
Si le sort te désigne un jour, toi qui m’écoutes, rappelle toi les exigences d’une telle charge. La durée de ton mandat, tu n’en tireras ni gloire, ni publicité, ni profit, tu seras muet. Tous les jours tu liras, discutera, expliquera, tu écouteras aussi pour qu’on t’explique. Petit à petit, amendements, mise en garde, discussion, réflexions, conseil… Ne néglige rien car tu nous dois des lois équitables et applicables.

abondance et pauvreté

Discours entre Politicus, Sagitus, le Cyclope et l’Aveugle

L’aveugle.
Vivre la rareté faisait de l’abondance une exception, vivre l’abondance rend la rareté insupportable. Et voilà que nous râlons dès que le service, la lettre, le bus, le train, l’avion, la fusée, le distributeur automatique, le guichetier, le réparateur, la police, les pompiers, ma sœur, tardent ! Que le réseau est en panne, que c’est pourtant pas difficile… L’échec est condamné, des empires commerciaux et industriels naissent et meurent au grès de nos humeurs, entraînant leurs salariés dans la tourmente. L’acte marchand est apatride, tous peuvent se voir un jour répudiés brutalement par le consommateur, Prince des temps actuels. Toujours devancer le désir du Prince voilà le secret pour durer, le Graal qui anime producteurs et publicitaires.
Le consommateur Roi, le père, nos pères cherchaient le durable. Chaque achat mûrement réfléchi, se gagnait durement, par de longues heures de travail. L’apparition du frigo, de la télévision était un événement, qui parfois animait les soirées de tout un immeuble. Mais les fils et les filles du Roi ont bu à la corne d’abondance, insatiables, tout fût d’abord génial, maintenant c’est trop ! Too much ! Les petits princes et princesses s’ennuient, une sourde inquiétude les gagnent, et si tout cela venait à disparaître, l’air, l’eau, les arbres, les animaux. La planète bleue est entre leurs mains et ils commencent à avoir peur.
Alors, on se replie sur soi-même, conserver les acquis, arrêter le temps, échapper au monde autour de nous qui grouille d’affamés, réclamant une part de notre trésor. Etourdis par notre opulence nous les avions oubliés ces millions d’autres nous-mêmes qui vivent encore la rareté. Ils font peur. Les pauvres effraient toujours les riches car comme le disait l’humoriste : « les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées de la réalité des riches », et le pauvre a cet avantage sur le riche de n’avoir rien à perdre, cela le rend totalement imprévisible.
Alors on se rue dans l’avion direction le sud du nouveau monde pour condamner haut et fort le capitalisme ultra libéral sauvage qui mondialise le monde alors que nous on est pour l’anti-mondialisation du monde. Que les riches nourrissent les pauvres et que chacun meurt chez soi ! Taxons Tobin ! Taxons les pollueurs ! Enfermons les savants et les expérimentateurs ! Menons une vie simple faite de surf et de pétards, retournons à la grande mère nature.
Abondance de temps, abondance de biens, abondance de sexe, de technologies, de loisirs, mais toujours rareté du travail. Chacun est si productif que tous ne semblent pas pouvoir travailler. Encore un paradoxe qui heurte. A quoi sert-on ? Et les autres ailleurs qui acceptent des conditions de travail impensables et qui nous piquent tous les jours nos emplois. Une concurrence déloyale entend-on ça et là encore une plaie du capitalisme sauvage et débridé. Taxons social ! Protégeons nos emplois !
Pourquoi s’ériger en modèle, laissons à chacun sa voie pour son développement. N’étendons pas l’exploitation des prolétaires, dont nous sommes déjà victimes, au tiers monde. Ils sont dans la vraie vie. Ces femmes qui parcourent des kilomètres chaque jour pour une trentaine de litres d’eau, elles au moins apprécient la rareté du précieux liquide. Elles respectent l’élément, elles n’éprouvent pas, ces heureuses femmes, le puissant dégoût de soi-même que l’on ressent en ouvrant la bonde pour vider sa baignoire. Non, il faut protéger tous ces gens de la mondialisation, qu’ils gardent surtout leurs traditions qui sont si belles. On imagine mal le plaisir que ressent une petite fille à se faire exciser. Que la circoncision est douce au bébé ! Un bon mariage arrangé vaut tous les amours du monde !
Et puis en y réfléchissant bien le sous développement est une chance pour le monde, car si tous nous avions la même consommation de biens et d’énergie, la même production de déchets et de rejets, la même consommation d’eau… Le monde n’y survivrait sans doute pas longtemps. Après tout nous vivons un darwinisme économique et social, les plus aptes survivent. La règle est assez claire, que les puissants consomment et polluent toujours plus, tant pis pour les pauvres, ils n’ont pas eu de chance, ils sont nés au mauvais endroit au mauvais moment. C’est ainsi.
Accepter le monde tel qu’il est voilà sans doute la plus sage des attitudes.

Cyclope

Voilà bien un défaitisme révélateur de la décadence de notre époque conséquence de la faillite du système de gestion socialo-communiste et technocratique des affaires de la Nation.
Oui, il faut préserver notre culture et nos emplois.
Oui, il faut renvoyer chez eux tous ceux qui contestent notre belle Nation, sifflent notre hymne national.
Ce n’est pas par l’attentisme que nous y parviendrons, on est citoyen par le sang et non par le hasard d’une émigration d’un voyage ou de vacances !
Non, ce sang que nous revendiquons, il faut être prêt à le verser pour défendre la Nation. Nous ne laisserons pas diluer la Nation, dans une Europe polyglotte poly forme et poly technocratique, dont on ne sait qui demain en sera membre.
Non, le mouvement National que j’incarne ne l’acceptera pas, cette poly culture informe que l’on nous propose.
Reprenons le contrôle de nos frontières, de notre justice, préservons notre belle Nation.
Votre attitude prétendument sage, d’accepter le monde tel qu’il est l’Aveugle n’est que lâcheté !
Il faut agir et vite !

Aveugle

Ah ! Je vois que vous persistez dans votre projet de faire de notre beau pays une réserve de français de sang. Sorte de musée, de sanctuaire culturel ethnologique et génétique.
Mais bientôt il n’y aura plus que des vieillards dans votre zoo folklorique. Peut-être faudrait-il d’hors et déjà provisionner un budget pour d’ici quelques siècles empailler les derniers spécimen. Car à 1,8 enfants par femme, l’issue est inévitable. Oui, je sais qu’en payant des femmes pour la reproduction vous compter sur un sursaut de natalité. Mais si cela ne devait pas se produire. Oh ! on pourra toujours louer des mères porteuses étrangères, leur implanter de bons ovules de françaises fertilisés in vitro par un bon spermatozoïde bleu blanc rouge. L’accouchement se fera sur fond d’hymne national. Après quelques générations si l’on en croît Lamarck les nouveaux nés devraient venir au monde en chantant la marseillaise ! Voilà certainement un filon pour de nouveaux emplois de proximité.
Avez-vous pensé à prévoir des grillages pour les touristes ? Il faudrait pas qu’ils souillent nos femmes ces salopards. A moins qu’on interdise le tourisme. Ce serait plus sur, parce que … quand on amène nos femmes à l’étranger y’a pas forcement de grillage. Et puis… puisque je préfère ma famille aux autres pourquoi ne pas se faire ça entre nous, après tout, puisqu’on est dans le n’importe quoi.

Sagitus

Ne soyez pas si dur l’Aveugle envers notre ami le cyclope. Ces intentions sont pures, trop pures mêmes. Il a oublié nos origines. L’humanité est un seul peuple. De multiples fois les civilisations se sont croisées, le plus souvent c’est par le fer qu’elles ont réglé leurs conflits. Aucune n’a jamais pu s’isoler dans un vertueux retranchement. Les migrations sont la règle et non pas l’exception. Le monde de demain ne nous appartient pas, seul aujourd’hui compte. Et aujourd’hui, nous ne sommes pas menacés, notre créativité est bien vivante. Elle peut déconcerter parfois mais elle est. Les lumières ont vaincu. Leur esprit s’est mué en lois et en droits. Ces lois et ces droits sont universels nul homme ne devrait les enfreindre, encore moins s’il agit au nom de la Nation qui s’est construite sur ces principes. Le monde appartient à celui qui le valorise, la terre appartient à celui qui l’achète. Pouvons-nous interdire à quelqu’un de tenter par son travail d’améliorer sa condition et celle de sa famille ? Le condamner parce qu’il fuit la misère, la guerre, l’oppression ?
Car ce sont toujours les hommes que l’on condamne et pas les Etats qui pourtant portent une lourde responsabilité en la matière. Notre propre politique est trop souvent directement responsable d’importants exils et de complexes ghetto.
Ce n’est pas par le repli mais par notre force, notre exemple, notre détermination, notre ouverture au monde, que nous convaincrons.
L’aveugle la politique de l’autruche n’est certainement pas de circonstance, le cyclope a raison même si sa solution de réserve à citoyens de sang ne me paraît pas pertinente.

Politicus

Notre pays est confronté à de multiples difficultés que nous nous engageons à combattre avec détermination, dans la concertation. Nous qui sommes en haut nous comprenons cette France d’en bas qui se sent menacée. La République est celle de tous. Nous sommes à son écoute…

Sagitus

Politicus, permets que je t’interrompe. Penses-tu encore pouvoir t’en tirer par de belles paroles. A trop te pencher sur la France d’en bas tu risques de tomber. Qui vas-tu rencontrer, les représentants des multiples lobbies qui peuplent le pays. Cette couverture que chacun tire à soi depuis des années commence à fatiguer. A force de la malmener elle va finir par céder et chacun règlera ses comptes dans la rue. Personne ne cédera rien, l’ambiance est au repli, notre population vieillit le changement lui fait peur. Et moi j’ai peur Politicus qu’à toujours triturer le même système multiplier les sophistications, les exceptions, les exemptions…tu ne rendes les choses tellement opaques, que toi-même tu finisses par t’y perdre. Tu soulèves des espoirs, ne les déçois pas car cyclope te colle à la culotte, chaque déçu il le console et le met dans son escarcelle. Il picore autour de toi se donnant l’image d’une grosse poule réconfortante et chante comme un coq l’avènement du grand jour ou du grand soir. J’ai peur que derrière le volatile ne se cache un renard prêt à dévaster le poulailler pour peu qu’on le laisse entrer. Ta responsabilité est grande, tu t’es présenté en sauveur, ne laisse pas l’histoire te transformer en fossoyeur.

Politicus l’autre

Lorsque l’on parle de plus de justice, de plus de fraternité, c’est à la gauche qu’on le doit. Elle n’a pas eu le temps d’achever son œuvre et nous avons été mal compris. Sans doute s’est-on mal expliqués. Les français, ils doivent comprendre que les solutions c’est la gauche qui les détient, que ce soit en matière de retraite, de chômage, de sécurité,…

Sagitus

De grâce, épargne-nous ton couplet. Tu est aussi proche du peuple que les étoiles le sont de la terre. Tu rêves une société qui n’existe pas. Ton modèle est un pays qui serait géré comme une grande administration. La justice sociale que tu prônes ne repose sur rien. Parmi les différences qui existent entre les êtres lesquelles sont justes, lesquelles injustes ? Qui en décide, toi ? Est-il bon de ramener tout le monde à la norme, à la moyenne, en minimisant les écarts entre les êtres. Penses-tu que les citoyens veulent des destinées médiocres que tu construits pour eux. Une société de règles de normes de bons sentiments, pâle, triste, sans surprise. Protéger les hommes de la vie, les installer dans la routine instituée par des statuts les mêmes pour tous, sous l’agréable tutelle d’un Etat socialiste bienveillant et paternel. Veux-tu continuer à faire croire que tu incarnes la providence ? C’est le capitalisme libéral qui finance ton socialisme, sans lui tu serais exsangue, tu ne pourrais que repartir la rareté. Tu devrais remercier ces riches que tu pilles pour donner aux pauvres en leur faisant croire que les cadeaux viennent de toi. Qui crois-tu tromper ? Mon bon, le système que tu défends repose sur une analyse vieille de plus d’un siècle, de grâce regarde autour de toi, le monde a changer. Dans l’abondance, il n’est plus question de lutte de classes, de dialectique, tout ceci est bien fini. Il serait temps que tu innoves, mais pour cela il te faudrait admettre que le peuple n’est plus un enfant qu’il faut protéger de lui-même.

L’Aveugle

Tu as cent fois raison Sagitus, l’avenir est au centre, ni de droite, ni de gauche. Prendre partout les bonnes idées et les mettre en œuvre.

Sagitus

L’Aveugle je t’en prie, tout à l’heure tu ne voulais rien faire et maintenant tu veux tout la droite et la gauche. Tout ce qui est entre les deux extrêmes, réunir les bords gauche de la droite et les bords droits de la gauche. Peut-être n’as-tu pas tort. Mais j’ai l’impression que cette politique est déjà celle que nous connaissons et elle ne semble pas très appréciée.

L’Aveugle

Sagitus, tu nous fatigues en jouant les donneurs de leçon. Mise à part ton assemblée des citoyens représentatifs tirée au hasard qui sur le principe peut convenir à tout le monde. Même à cyclope, qui se plait à souligner qu’il est pour que le peuple s’exprime. Chacun de nous sait ici que le référendum populaire est compliqué et très aléatoire. Il faut que la question soit bien comprise. La plupart du temps cela ne fait que reproduire les clivages politiques. Le fond est assez peu déterminant, la plupart ne savent qu’approximativement de quoi on traite. L’immense majorité va suivre les mots d’ordre des politiques. Pour tout débat ils devront subir les invectives des uns et des autres, le discours politique est par nature manichéen. Je pense même pour ma part que ce système d’assemblée des citoyens pourrait être aussi étendu à l’échelon régional, voir aussi pour les grandes agglomérations. Cela ne pourrait que favoriser la transparence que nous prônons tous.
Mais je ne vois en quoi cela nous procurerait des solutions à nos problèmes de retraites, d’assurance sociale, d’équilibre budgétaire,…

Sagitus

Au désespoir de te décevoir, j’avoue que je n’ai pas les réponses à tout car je ne connais pas toutes les questions qui se posent. Mais par exemple je suis d’accord avec cyclope pour supprimer les impôts d’activité. Cyclope à pomper Maurice Allais notre prix Nobel national. Mais pas complètement, il ne supprime que l’impôt sur les revenus salariés. Moi je suis pour appliquer l’ensemble de ce que propose Allais. C’est à dire taxer la rente à travers un impôt sur le capital physique et détaxer tous les revenus d’activité.
Regardez par exemple, si l’on négocie habilement entre partenaires sociaux, ce que l’on peut produire. Supposons une entreprise à deux salariés un chef et un sous chef. Le chef payé 100 donne 25 en impôt, il lui reste 75, le sous chef touche deux fois moins que le chef et ne paie pas d’impôt, il a 50 de revenu. Supprimons l’impôt sur le chef mais payons le 85 et donnons 65 au sous chef. L’un comme l’autre sont gagnants et la masse salariale de notre entreprise n’a pas variée. Voilà une mesure simple qui certes prive l’Etat d’une ressource directe, mais qui par la consommation des biens durables et semi durables récupère une recette indirecte via la TVA. Il va de soi que le reclassement et la formation des personnels administratifs devenus inutiles doit être négocié.
Autre exemple la sécurité sociale, le fonctionnement actuel est pernicieux car le patient n’a pas l’impression de payer sa santé. Manchot de gauche mais aussi de droite ont fini par convaincre les français que notre système d’assurance social est gratuit. Rien n’est plus faux, mais l’idée persiste et toute discussion sur le sujet mobilise immédiatement les foules. Sujet tabou, il est interdit d’envisager toucher à l’organisation actuelle si ce n’est pour proposer régulièrement une baisse des remboursements et une hausse des cotisations, car le système est perpétuellement au bord de la faillite. L’affaire est simple en moyenne une dépense de santé de 100 ne coûte directement que 3 au patient. Le reste est mutualisé sur des millions de cotisants. Seul un vigoureux élan de civisme pourrait amener les citoyens à réfréner leur consommation médicale. Le vieillissement de la population n’arrange évidemment rien, car nos vieux souvent seuls trouvent auprès de leur médecin un réconfort que leur famille, leurs proches leur refuse. De l’autre côté les médecins ne peuvent, par serment, refuser leurs services à quiconque le demande. Ainsi il est rare que voyant une personne qui se plaint d’un vague mal partout et surtout au dos, un médecin lui refuse deux ou trois jours de repos. Par acquis de conscience et par habitude il prescrira aisément des examens complémentaires… Il est totalement stupide de penser que les médecins sont capables de restreindre l’offre de soins, autant leur demander de changer de métier.
En matière d’assurance maladie, on confond l’objectif qui est de garantir à tous l’accès à un service de soin de qualité, quelque soit son revenu, et les moyens d’y parvenir. Car si tous les chemins mènent sans doute à Rome lorsque l’on veut s’y rendre, il y en a des plus longs et plus coûteux que d’autres.
Que cherche-t-on ?
- une couverture universelle pour les déshérités
- une assurance maladie
- une assurance invalidité
- une assurance décès
Les moyens pour parvenir à de tels résultats sont nombreux est-on si certain que le système actuel soit le plus efficient ?
Pour ma part, je ne saurais dire exactement tant on peut lire d’informations contradictoires, de plus le système actuel apparaît très opaque même aux spécialistes. Ce qui gêne c’est le manque de comparaison et ce qui bloque est le statut de monopole des intervenants actuels.
Nous sommes devant un monstre broyeur de budgets dont le contrôle nous échappe.
Le système doit devenir transparent, le coût de la santé être connu, les prix affichés reliés à des coûts imputables. Le patient doit pouvoir comparer les compétences, choisir qui va le soigner, pour quel prix, arbitrer. Faire jouer une certaine concurrence. Aux médecins cliniques et hôpitaux de diversifier leur offre avec une complète liberté de tarification.
Les solutions proposées par les gouvernements sont connues, une politique d'épicier accroître les recettes et freiner les remboursements, on fiche les malades et les médecins avec le carnet de santé, ce qui permet de sanctionner les mauvais malades et les mauvais soignants. On ne sait pas encore qui contrôlera les carnets et quel sera le coût de ce contrôle. Enfin, on confie le vote du budget de santé à l'assemblée gage de rigueur, s'il en est, puisque cette même assemblée vote depuis des années un budget de l'Etat qui accumule les déficits.
Que faire ? Car si la critique est aisée l'art est difficile. Je propose: "La solution à étage", son objectif est de rendre au citoyen la responsabilité de son système de santé. Pourquoi "solution à étage", parce qu'elle se fonde sur divers étages d'interventions, trois étages :
Le premier veut que l'ensemble des entreprises crée un fond social établissement par établissement, au plus proche des citoyens, cogérer par les partenaires sociaux.
Le deuxième est constitué par les mutuelles et compagnies d’assurance qui assurent les fonds sociaux et rémunèrent les réserves
Le troisième étage est la caisse régionale et la caisse Nationale qui prend en charge ceux qui ne sont pas assurés par les fonds sociaux.
Au sein de chaque entreprise, on crée un fond social pourvu d'un statut juridique qui le rend insaisissable, huit tâches lui sont dévolues:
-Prélever les cotisations sur la base de ce qui existe actuellement et rembourser les cotisants et leurs ayant-droits, anonymement, suivant une convention établie pour chaque établissement avec des médecins, des cliniques et hôpitaux.
-Créer un fond de réserves rémunéré auprès des établissements financiers et bancaires.
-Payer une cotisation au système régional, aux actuelles caisses de retraites, à l'assurance chômage cotisation inversement proportionnelle au nombre de personnes couvertes, et aux risques de l'activité. C'est à dire que plus le fond social assure de personnes et plus les risques d'accident liés à l'activité de l'entreprise sont importants, moins le fond paye au système régional.
-Constituer pour ses cotisants une retraite par capitalisation.
-Transmettre les dossiers.
-Devenir actionnaire des hôpitaux et cliniques en contrôler l'exploitation et l'investissement.
-Redistribuer les excédents entre l'entreprise et les salariés.
La transition vers ce nouveau système est simple. On part des cotisations actuelles:
Sur 100 de cotisation, le fond social donne 20 de cotisation vieillesse et veuvage, 16 pour le chômage, 4 pour le système régional qui couvre la maladie des retraités et des chômeurs. Ces cotisations permettent de maintenir les pensions retraites, les indemnités chômage, et la couverture maladie des personnes qui ne sont pas couvertes pas les fonds sociaux des entreprises.
Il reste 60 pour le fond social qu'il utilise de la façon suivante:
6 sont épargnés pour constituer un capital retraites, 4 servent à la réassurance, qui permet de couvrir les gros risques, opérations coûteuses, traitements longs et invalidité, ceci jusqu'à concurrence d'environ 1000 fois la prime versée. Les 50 restants permettent d'assurer les salariés et leur famille, ce qui n'est pas dépensé est redistribué, entre l'entreprise et les salariés.
D’autres systèmes que le système actuel sont viables et plus économiques, même pour de petites structures. Le temps manque ici pour expliquer l'évolution dans le temps, notamment le nécessaire reclassement des personnels des caisses actuelles, vers d'autres services.
Cependant, on se rend compte aisément qu'un tel système ne peut qu'encourager les français à être plus vigilants sur leur dépenses puisque ce qui n'est pas dépensé est redistribué sous forme de salaires et de baisses des coûts de production, ce qui, en outre ne peut que favoriser une reprise économique. Pour vérifier la viabilité du nouveau système, le mieux serait de pouvoir l'expérimenter, sur un échantillon représentatif d'entreprises volontaires.
Combiner l’assemblée des citoyens, la réforme fiscale de Maurice Allais, la refonte de notre système de santé, laissez agir et demain ce sont d’autres français qui se réveilleront et un autre monde qui naîtra.
Le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple.

L’aveugle
Mais un peuple éclairé, réfléchi, instruit. Pas un peuple lofteur qui déambule au milieu de son ennui, avachi sur canapé, soumis aux passions aveugles de son public. Le citoyen de Condorcet est un être de pensée vertueuse qui n’a rien de commun, avec la multitude baroque qui peuple nos rues…

Sagitus
Douterais-tu des vertus de la démocratie ? N’as-tu pas compris que notre monde tient sur sa multitude, dont le nombre atteint un seuil critique dès que la rareté recule. Depuis bien longtemps on sait que le peuple confie volontiers sa destinée à qui le convainc de sa compétence. N’est-ce pas ce que l’on fait tous quotidiennement en voiture, en avion, au travail,…Nos sociétés sophistiquées reposent entièrement sur ce processus de confiance exigeante envers une multitude d’inconnus. Le monde de demain est sans frontière, la destinée des tribus nationales et ethniques est de se réunir autour de principes universels qu’ils soient scientifiques, éthiques, ou politiques. Les enjeux sont considérables, dans ces multitudes de générations perdues car privées de savoirs, combien d’Einstein potentiels avions-nous ?
Politicus, n’es-tu pas toi-même issu du peuple ? Combien de générations d’obscurs de sans grades et d’analphabètes avant qu’un grand ne transcende les mentalités et les idées du temps par un principe ou une loi universelle nouvelle. Combien de milliards de naissances pour une pensée qui reste et s’imprime dans les mémoires. Chaque connaissance supplémentaire est un nouveau relief qui construit l’image de l’univers. Une méta réflexion qui grignote la digue de l’ignorance générations après générations, vagues succédant aux vagues, répand l’esprit du monde. Découvrir et inventer encore c’est notre seule issue, notre seul salut. Notre meilleure énergie est celle de l’esprit qui donne un sens à la confusion. Dans les replis de la réflexion, dans l’audace réfléchie de la mise en œuvre, dans la profondeur insondable de l’âme se trouvent les réponses à toutes nos questions, les solutions à nos problèmes et les remèdes aux maux de nombre d’espèces vivantes. Répandre au plus vite les outils de la pensée sur le plus grand nombre, telle est l’œuvre que doivent accomplir les générations de ce siècle naissant. Semons les graines du savoir, ensemençons les consciences, arrosons de liberté et les arbres de la connaissance pousseront d’eux-mêmes, que les générations futures nous bénissent à chaque fois qu’elles en cueilleront un fruit.

guerre et paix

Guerre et Paix

« Dans la vie il faut se battre ! », « La guerre économique fait rage ! », « Les victimes du mondialisme et de la globalisation sont légions ! », « les classes sont en lutte, ouvriers/patrons, privé/public, banlieue/ville », « papy boomer/baby looser », « droite contre gauche », « riches contre pauvres », « imaginaire contre raison, cerveau droit ou cerveau gauche », « hommes contre femmes », « finance contre industrie »…
Les métaphores guerrières ne sont plus réservées aux glorieux massacres que représentent les guerres authentiques qui tuent des femmes, des hommes et des enfants tétanisés de terreur. Non la société toute entière jusqu’à l’individu est mentalement organisée autour du combat. Ces combats méritent d’être livrés pense-t-on, pour qu’enfin un jour, justice et harmonie règnent dans les vies.
Alors on cherche frénétiquement les hordes qui se livrent de si terribles exactions. De building en usines, traversant les commerces, piétinant les petits, étranglant les artisans, qui sont ces terribles guerriers qui partout à travers le monde forcent l’honnête et faible consommateur à acheter des produits symboles d’exploitation et chargés de misères ? Où sont-ils ces bourreaux qui nous obligent à donner trente cinq heures hebdomadaire de notre précieux temps pour accomplir leurs funestes projets. Stoppons-là ces pillards qui dévastent, tels des crickets affamés, les belles richesses de notre planète !
Tout groupe social différent de celui auquel on s’identifie est un ennemi (le méchant), qui devient alors le bouc émissaire idéal qui devra un jour expier ses fautes, libérant ainsi l’oppressé parce qu’il devient à son tour oppresseur. Tel est semble-t-il notre choix, bourreau anonyme ou victime anonyme en revanche, tous esclaves du système marchand.
La chasse aux méchants s’avère en générale très instructive aux justes. Car de bureaux en usines, de commerçants en artisans, on ne rencontre que des gens, plein de gens, des milliards de gens à la fois uniques et semblables. Oui parfois, on croise un méchant qui harcèle et martyrise pour son propre plaisir, mais pas de cohortes, pas de légions, pas de corps d’armée organisé au service du mal. On ne rencontre que de simple gens qui ne savent pas les pauvres à quel point ils sont nuisibles à leur propre monde.
Alors sommes-nous tous devenus simples d’esprit, victimes aveugles de terribles marionnettistes qui font de nous de pitoyables guignols ? Ou, ces idées colportées par l’habitude et la paresse intellectuelle ne sont-elles que reliquats de pensées archaïques darwino-marxistes mal digérées ?
Que signifie au XXI° la survie du plus apte ? Qui compose les classes sociales dans des économies de salariés, cadres dirigeants, supérieurs, cadres ordinaires, cadrillons et cadrillonnes, technico et techniconnes, de contre maître et de contre les maîtresses, d’artisans et artisanes du monde ?… Tout cela mérite d’être réexaminé. Peut-être doit-on considérer les fonds de pension et autres intermédiaires financiers comme la nouvelle classe capitaliste qui oppresse, par ses exigences de profit ? Par notre humble épargne, confiée à notre banquier, nous serions devenus nos propres oppresseurs ? Mais alors qui va-t-on sacrifier sur l’autel de la rédemption ? A qui va-t-on demander réparation du préjudice ? Dois-je brûler mon chargé de clientèle ?
Tout ceci n’a aucun sens. Peuples du monde réfléchissez ! Certes l’échange marchand est amoral, c’est-à-dire ni moral ni immoral, ce n’est qu’un moyen comme le marteau est un moyen d’enfoncer un clou. Dois-on pour autant interdire les marteaux au prétexte que de tant en tant on se tape les doigts ?
Stephen Hawkins physicien en chaise roulante n’était pas le plus apte pour représenter la grande Bretagne au cent mètres, il a fait un excellent Prix Nobel. Michel Petrucciani, notre pianiste nain n’était pas prédisposé à une carrière de basketteur, alors il a enchanté les mélomanes du monde entier. Qui est le plus apte, dans nos sociétés complexes ? Chacun est tributaire d’une multitude d’autres qu’il ne connaît même pas.
Qui est au fond notre pire ennemi si ce n’est nous-même, avec nos faiblesses et nos orgueils, nos compromis quotidiens, notre cynisme, notre indifférence, nos remords ravalés, et nos fragiles bonnes consciences ? La première chose à faire n’est-elle pas de nous réconcilier avec nous-même ? Après tout, chacun de nous n’a que quelques décennies d’existence, nous sommes tous des héritiers ou des déshérités de notre famille, de notre nation, de notre culture, de notre religion, de notre espèce même qui lègue ses gènes. Rien ne nous oblige à considérer notre vie comme un combat contre l’autre ou les autres et quels autres ?
A appeler un bœuf un œuf on finit par de plus savoir discerner l’un de l’autre. A voir la guerre partout, on en oublie le sens et la réalité : la peur, la mort ; le deuil ; le vol, le viol, la maladie, le martyr, la misère, la faim, la soif, la fatigue, la peur, l’exode et la destruction. Halte aux combats imaginaires et aux luttes virtuelles, la réalité de nos sociétés comme de biens d’autres est la paix. Cette réalité s’inscrit dans des règles, des droits, des institutions qui protègent plus ou moins efficacement des violences et des dols. Utilisons notre agressivité contre le sort qui s’acharne à rendre les choses difficiles en imaginant des solutions pour les défis d’aujourd’hui et de demain, et laissons les guerres d’hier à leurs morts.

Programme pour la France

Constat
Alors de quoi parle-t-on ? C’est l’effervescence, nous ne sommes plus qu’à quelques mois de la prochaine échéance, le peuple va choisir son « Président » pour les cinq ans à venir. Certainement l’évènement politique le plus important de notre vie démocratique. Là, on décide de l’orientation de la politique de la France, car à n’en point douter celui qui gagne la Présidentielle gagnera l’assemblée. Que nous propose-t-on ? « Une France plus juste », « Plus solidaire », « Plus forte », « Plus prospère »… « Plus mieux » ?
Et oui tout ça à la fois, cela ressemble à une entreprise d’entretien, « On va karscherise », « On va réparer l’ascenseur social », tout le monde va gagner plus, à moins en faire, avec une sécurité accrue. Quel beau pays que la France, « l’exception française », il y a le reste du monde et « l’exception française ». Et oui la française et le français sont viscéralement attachés aux salons qui rasent gratis. La France appartient à ces mondes qui pensent que la réalité se pliera toujours à la volonté ferme du dirigeant éclairé. Une des plus vieille démocratie du monde espère toujours, au fond d’elle-même, l’homme providentiel. Comme la chose est connue des conseillers politiques, tous les candidats à la magistrature suprême sont des femmes et des hommes providentiels, même si leur humilité bien naturelle leur interdit de le clamer haut et fort. Il faut de la subtilité dans le discours, le citoyen peut se montrer susceptible. Surtout que personne ne remette en cause l’infaillibilité et l’omnipotence de l’Etat, car ce serait mettre fin à la grande illusion. Il faudrait alors rendre des comptes… Car ce sont bien les comptes qui reflètent la réalité de notre situation. L’Etat pratique la « cavalerie financière » la charge de la dette est payée par des emprunts et le capital à rembourser ne fait que croître. Prenons le budget de l’Etat en l’an 2004. Que constate-t-on ? Presque 284 milliards de dépenses, un déficit de 44 milliards, les charges financières liées à la dette se montent à 44 milliards et la dette est passée de 995 milliards à 1065 milliards soit 70 milliards d’augmentation. De plus, chaque année on vend une partie du patrimoine, et on multiplie les engagements non financés. A terme, les prêteurs perdront confiance, les coûts de financement exploseront et ce sera le dépôt de bilan, la faillite pure et simple. « L’exception » se heurtera à la réalité, la désillusion risque d’être douloureusement ressentie, surtout pour nos enfants qui nous accableront de légitimes reproches pour s’être laissés bernés de la sorte.
Faut-il ne rien faire pour autant ? Certainement pas ! Il y a même urgence à agir.
Dans un premier temps il faut rétablir l’équilibre budgétaire. Une solution consiste à bloquer les budgets de l’Etat et des collectivités à leurs montants actuels, jusqu’au retour à l’équilibre d’exploitation. Le déficit est alors résorbé en 5 ans sous l’hypothèse d’une croissance moyenne de 2% l’an. Pendant ce temps, On entreprend trois réformes portant sur la fiscalité, le système de sécurité social et de retraite, la constitution française.

Une Réforme constitutionnelle portant :

Sur la représentativité des citoyens
« Il est créé une troisième chambre dont la composition reflètera au mieux la diversité de la société française. Cette chambre siège aux côtés de l’assemblée nationale et du Sénat, dans le respect de la loi.»
Il serait trop long ici de développer le détail et les règles qui sont de toute façon à créer. Mais l’idée générale repose sur la nécessité pour un démocrate de voir le peuple associé au plus près des décisions collectives qui le concerne. Et cela n’est pas simple. Plus généralement se pose la question de la représentativité, particulièrement homme femme. Depuis deux siècles, le principe du représentant élu par le peuple prévaut sur celui du représentant qui ressemble au peuple. A la fin du dix huitième c’était une position de bon sens, puisqu’à l’époque des colons américains et de la révolution française la grande majorité ne sait ni lire ni écrire. L’exigence principale et ce pourquoi on s’était battu étant liés aux garanties des droits fondamentaux, il valait bien mieux en confier la rédaction à des élites éclairées, pour beaucoup juristes, tout en garantissant au peuple la possibilité de choisir par son vote qui serait l’élite. Cet arrangement nous a beaucoup profité et maintenant l’élite est le peuple qui sait lire, écrire dans son immense majorité. Mais aussi concevoir, construire, commercialiser, des fusées, des avions… des ondes, des connaissances, des systèmes, des organisations ainsi que de terribles armes qui martyrisent d’autres peuples qui n’ont pas encore eu l’opportunité d’expérimenter les bienfaits évident de la liberté dans le cadre de la loi.
La question se repose alors du représentant qui ressemble au peuple puisque le peuple est lui-même l’élite. Concrètement servons-nous de nos connaissances en matière de données de panel pour tirer au sort dans chaque segment de population des personnes qui acceptent de siéger de 1 à 5 ans au sein d’une chambre supplémentaire. La chambre des similaires !
Ils voteraient la loi et ses décrets à bulletin secret. Au même titre que l’Assemblée Nationale et le Sénat, ils auraient l’initiative de la loi et pouvoir d’amendements. De plus, ils contrôleraient l’emploi des moyens de la nation à l’extérieur des frontières. Leur Credo « Les Droits de l’Homme » et « L’équité ».
Il est de mon point de vue urgentissime que dans la guerre idéologique, qui prévaut à l’échelle du monde la démocratie réapparaisse de façon fracassante, parce que ses actes seront si équitables, ses manières si respectueuses et sa compassion tellement sincère, qu’elle conquerra à nouveau les coeurs. Autrement nous finirons par perdre cette guerre et expérimenter à notre tour les affres du chaos.
Pour cela il semble préférable de confier le contrôle final au peuple plutôt qu’à une élite que le pouvoir peut enivrer au point d’en oublier l’essentiel. Comme le peuple ne peut siéger dans son ensemble en permanence pour réfléchir, vérifier, comprendre, consulter, anticiper les conséquences des décisions qui engagent le pays, construisons une chambre « échantillon représentatif du peuple » qui ferait tout cela en son nom.

Sur les règles de gestions de l’Etat et des collectivités
« Il ne peut être prélevé au titre des prélèvements obligatoires plus d’un tiers du Produit intérieur brut, sauf dans les situations d’urgence prévues par la loi. »
« L’Etat et les collectivités sont astreints à l’équilibre budgétaire. Sur le moyen terme déficits et excédents se compensent. L’endettement reflètera l’exact contrepartie des investissements, chaque financement ne pourra avoir une durée excédent la durée de vie économique des biens et services acquis en contrepartie ».
Le montant des moyens que la collectivité met en commun et dont elle abandonne la gestion ne peut excéder une part fixe de notre richesse nationale sinon c’est l’ensemble de la société qui s’appauvrit parce qu’elle perd ses forces créatrices. La situation actuelle paraît encore très satisfaisante parce que nous vivons à crédit. Pour ma part je pense que la limite d’1/3 du PIB, pour peu que l’on allège le périmètre d’intervention, est très suffisante.

Une réforme de la fiscalité
Reprendre les préconisations de Maurice Allais, notre prix Nobel d’économie. L’argumentation morale de Maurice Allais mérite d’être rappelée. Lorsque je travaille ou que je risque mon épargne dans une activité de production et d’échange économique marchand ou non marchand je contribue déjà au bien être collectif et je ne dois pas être imposé. Par contre dès que je m’approprie et accumule les propriétés je confisque à mon profit la jouissance de biens rares qui tendent à m’enrichir sans cause, alors j’indemnise la collectivité en m’acquittant d’un impôt. Par ailleurs, tous contribuent par la TVA.
Concrètement cela revient à d’une part à :
Supprimer la taxation sur les revenus d’activité. Les revenus d’activité sont :
- l’impôt sur les personnes physiques
- l’impôt sur les bénéfices des sociétés
- la plus value sur cessions d’actifs (excepté pour les règlements différés)
Et d’autre part à :
Instaurer d’un impôt sur le capital physique :
- assiette : toute personne physique ou morale propriétaire
- base : évaluation du patrimoine physique : terrains, constructions, équipements.
- Formalité : déclaration libre de l’évaluation du patrimoine auprès des cadastres locaux.
Contreparties que ne proposait pas Maurice Allais :
La suppression de l’impôt sur les revenus donne lieu au partage des sommes ainsi disponibles entre :
- les salariés : augmentations des bas salaires grâce à la distribution au sein des entreprises des impôts sur le revenu des plus hauts salaires qui baissent pour se rapprocher des revenus après impôts. Les salaires bruts soumis à l’impôt sont diminués au profit des plus bas salaires : le revenu disponible de l’ensemble des salariés augmente à masse salariale constante.
- L’impôt sur les sociétés est redistribué pour 2/3 sous forme d’intéressement des salariés aux résultats, le solde reste la propriété de l’entreprise.
L’évaluation du patrimoine effectuée sous forme de déclaration libre peut donner lieu à des réévaluations sur la base des transactions constatées.

L’instauration de l’impôt sur le capital physique d’un taux moyen de 2% progressif compenserait la perte de recettes des impôts sur l’activité, allègerait considérablement l’administration de Bercy. On peut s’attendre de plus à une croissance forte de l’équipement des ménages qui générerait des recettes de TVA supplémentaires et stimulerait la croissance.

Pourquoi ces changements. Parce que les tâches qui nous attendent sont bien plus cruciales que nos tracas actuels. Elles exigent d’être économiquement forts. Or, aucune richesse véritable ne provient de l’oisiveté, de l’inorganisation et du découragement. Il faut donc réanimer l’esprit d’entreprise, revaloriser les revenus de ceux qui oeuvrent par leur travail et de ceux qui risquent leur capital quotidiennement. Accroître l’écart entre le revenu disponible des plus bas salaires et les minima d’assistance. Economiser et contrôler nos coûts d’assistance et réserver les moyens collectifs à ceux qui en ont un urgent besoin.

Réforme de la sécurité sociale
Le troisième volet sur la sécurité sociale a pour but de limiter le périmètre d’intervention de l’Etat. Encore une fois c’est à la compétence du peuple qu’il faut faire appel.
L’assurance maladie telle qu’elle fonctionne aujourd’hui souffre d’un mal bien connu : la mutualisation des coûts et l’appropriation individuelle des profits. L’incivisme est récompensé de tout côté lorsque l’arrêt maladie se transforme en jours de congés payés par exemple. De plus, la prise en charge gratuite de certains favorise le phénomène de passager clandestin. Le contrôle administratif de l’offre s’avère inopérant. Enfin, le gigantisme du système le rend opaque et vulnérable à la fraude. Résultat on ne maîtrise absolument plus nos dépenses de santé. Santé qui ne s’améliore cependant pas considérablement puisque l’éradication des principales maladies des pays riches repose plus sur la modération de comportements excessifs que sur la qualité des prestations médicales disponibles. Une personne qui boit, fume, ignore la capote, s’adonne aux stupéfiants, et tout ceci de façon compulsive n’a pas à attendre de solidarité autre que minima de la part de ses concitoyens. Par contre la puissance publique doit tout mettre en œuvre pour tenter de la sortir de ce fâcheux pas. En un mot concentrons nos efforts collectifs sur les accidentés de la vie, et laissons les autres gérer leurs affaires. Lorsqu’il n’est plus question uniquement de maladie mais de confort et de défense d’intérêts particuliers alors la puissance publique doit en partie se retirer, pour concentrer l’effort collectif sur le maintien d’un essentiel.

En matière d’assurance maladie il est proposé d’expérimenter sur un échantillon d’entreprises volontaires le système suivant, dit système à étage :
- Après consultation des salariés une entreprise peut sortir du système actuel pour une durée de 5 ans au moins afin d’expérimenter la solution à étage.

Etage 1 : L’entreprise, ses salariés et ayant droit

- Il est créé au sein des entreprises un fond social qui récolte les cotisations assurance maladie et accidents du travail sur la base des taux actuels. Ce qui concerne la RDS, cotisation vieillesse famille et retraite est reversé comme auparavant.
- La maladie et l’accident des salariés, et ayant droit sont pris en charge directement par le fond social de l’entreprise.
- Le fond social est géré paritairement par des représentants des salariés et de l’entreprise
- Les types d’affections couvertes, les taux de remboursement et les montants maximum par salarié et ayant droit sont définis par des conventions d’entreprise.
- Le fond social négocie des contrats de réassurance en cas d’invalidité partielle ou permanente auprès de compagnies privées et mutuelles (étage 2).
- Le fond social peut placer ses liquidités en bon père de famille et investir dans des centres de soins et de prise en charge, de prévention...
- Chaque salarié et l’entreprise en tant que personne morale, sont détenteurs de parts du fonds social au prorata de leurs cotisations cumulées et apports
- Lorsque le fond est excédentaire on redistribue et/ou on capitalise les dividendes au choix de chaque salarié et de l’entreprise.
- Les comptes sont soumis à approbation annuellement lors d’une assemblée générale accompagnée d’un état sanitaire de la population commenté par le médecin conseil de l’entreprise.
- Les avoirs du fond social sont insaisissables en cas de défaillance de l’entreprise
Les médecins, auxiliaires, et institutions de soins fixent librement leurs tarifs selon les actes effectués. Les patients doivent en être informés au préalable.

L’étage 3 est la part que chaque fond social donne pour la solidarité nationale, vers ceux qui n’ont plus rien, ou en passe de ne plus rien avoir. Gérer par la puissance publique en association avec des ONG. Un minimum collectif ! Que l’on cesse, en France de mourir de froid seul sur un trottoir avant la fin du 21ème siècle ! Cette part est naturellement dégressive par rapport au nombre de personnes couvertes, et fonction du risque social et professionnel encouru par chaque fond social, faute de l’être quel serait l’intérêt d’embaucher un unijambiste, ou une mère de famille nombreuse à tendance asthmatique ?
Il est essentiel que l’ensemble des trois étages constitue une organisation lisible, à la comptabilité vérifiable, aux choix compréhensibles, mettre le citoyen en face de la réalité constitue une urgence. Qui parle de révolution ! Non ce ne sont que de simples expérimentations sur échantillons. Quelques centaines de millier de salariés au sein d’une centaine d’entreprises qui tenteraient de voir comment et par quelles règles librement discutées et consenties au préalable, ils jugeraient équitable de prendre collectivement en charge leur risque maladie. Quant à l’anonymat il est facile de le garantir techniquement autour d’un centre de transactions et de cartes bancaires à puce.
Les remboursements sont actés par la convention entre salariés, entreprises, compagnies d’assurance et mutuelles.
L’idée générale est ici de récompenser dans la population les comportements responsables en matières de santé, au sein de règles consenties et dans la transparence. Garantir à toutes et à tous un socle commun de couverture pour les affections les plus graves et limiter la mutualisation des dépenses de confort. Expérimentons, détectons les effets pervers, observons, amendons, évaluons. Si l’affaire est viable et que les comportements changent, basculons progressivement l’assurance maladie vers ce nouveau système.

Conclusion
Il est possible à l’issue de ces réformes que certains voient leurs situations se dégrader et d’autres s’améliorer. Mais tel n’est-il pas le propre d’un projet politique ? Au total nous avons tous à y gagner. Une chose est certaine, si dans les prochaines années nous ne réussissons pas à maîtriser ni nos finances publiques, ni nos finances sociales, si nous échouons à revitaliser le monde politique autour d’une démocratie plus représentative, alors le conflit s’installera entre les générations, les ethnies, les nations, les dirigeants et le peuple. L’enfer nous ouvrira ses portes. L’essentiel et ce sans quoi rien ne sera possible est la chambre des similaires car elle est la seule à pouvoir transcender les intérêts individuels.
Lorsque nous montons dans un avion, une voiture, un train… Il ne nous vient pas à l’esprit de mettre en doute la capacité et le sérieux de ceux qui ont conçu et fabriqué l’objet. Pourquoi lorsqu’il est question des affaires de l’Etat deviendrions-nous incapables ? Sommes-nous uniquement des citoyens éclairés au moment des votes ? Qui contribue le plus à la grandeur de la France ? Cette multitude qui œuvre quotidiennement à créer ces prouesses technologiques que beaucoup nous envie ou les quelques camelots qui hantent les ministères en promettant la lune ?
Il y a urgence ! Les prospectives à un siècle convergent toutes vers une situation catastrophe. En l’absence de la découverte d’une technologie qui nous libère des ressources fossiles, la tension autour des matières premières qui oppose déjà les puissants ne pourra que croître dangereusement. Ceci combiner avec le changement climatique et démographique inéluctable, dans une ambiance terroriste de surcroît, et on a là, tous les composants d’un cocktail explosif. Notre survie dans notre état de confort dépend de l’intelligence que nous mettrons d’une part à la chasse aux gaspis et d’autre part à la recherche de substituts. L’intelligence commune et le rare génie sont des phénomènes incarnés sur un grand nombre de générations, qui ne se manifestent pas tant que la personne n’a pas acquis la maîtrise des outils intellectuels qui lui offrent la liberté d’apprendre et de créer. C’est une affaire de grands nombres ; Plus nous scolariserons d’enfants à travers le monde plus nos chances de découvrir des solutions seront grandes. Infléchir la stratégie internationale des grandes démocraties de ce monde afin qu’ils collaborent efficacement en matière de développement, qu’il cessent de participer à la prolifération des armes, réorientent les ressources vers l’instruction universelle dans la paix est un choix que seul le peuple représenté par ses similaires constitués en assemblées est en mesure, s’il le désire, d’imposer aux puissants de ce monde.
Si demain le peuple français comme il a déjà su le faire par le passé innovait politiquement et se dotait de cette troisième chambre, inéluctablement il serait vite imité en Europe puis ailleurs. La conscience des peuples pèserait alors certainement sur beaucoup de décisions qui sont actuellement prises au nom d’obscures raisons d’Etat fondées sur un intérêt de la nation de moins en moins clair et non débattu. Beaucoup de choses que nous croyons aujourd’hui impossibles deviendraient alors nos projets.

dialogue politique

Politicus et Sagitus chez Mediaticus

Sagitus :
- En cet été 2001, il fait chaud, très chaud. L’approche des élections dans la déliquescence, la délation, partout on triche. Et la terre qui va mal, les rumeurs les plus folles commencent à gangrener les esprits. La raison, les lumières vacillent. Le progrès et sa fin, qui survivra ? Des continents déchirés aux portes des palais, des milliards d’esprits privés de connaissances, quel gâchis ! Là, des enfants picorent couverts de boue de rares grains de riz qui les sauveront un jour encore, ailleurs on les voit ivres d’alcool, de drogues et de sang brandir les armes d’un prochain massacre. Alors qu’ici, un gros, le cigare encore chaud, étouffe rubicond de trop de panse soutenu par sa grosse, en larmes. Dans vos boules de cristal messieurs les édiles ? que voyez-vous ? Aristocrates des partis, bouffis d’orgueil, enduits de respectabilité et de crainte, de vos salons et vos lambris arrachez-vous et regardez. Où allons-nous ? Elite éclairée, Princes du dossier, il a t’y ENA petite idée Monsieur X ? Mais tout ceci est notre faute à nous le peuple. Nous avons laissé mourir la démocratie. Il nous faut maintenant tenter de la reconquérir. La démocratie est morte aux révolutions du 18e siècle. C’est un mort-né, trop prématuré. Elle est morte le jour où fût choisie l’élection comme seul mode d’expression de la souveraineté du peuple. De ce jour, le peuple n’est plus représenté que par les aristocrates des partis soucieux de préserver leurs clients. Représentants de la majorité un jour, de l’opposition le lendemain, cabotins aux tribunes, aimables en société, machiavels en coulisses. Ils vivent du parti et le font vivre. D’abord, ils doivent au nid éliminer les concurrents. Ensuite seulement, ils seront les chefs des batailles contre les autres chefs des autres partis. Le peuple par son vote acclame le chef, jamais il ne le choisit. Encore moins décide-t-il de la politique à suivre. Nous vivons sous un régime aristocratique, fondé sur une philosophie « du plus fort », sélection sociale de l’ « élite de la République ». Quand Politicus a réussi, il honore les uns, ignore les autres, distribue ses largesses, fait connaître son courroux. Courtisé et repu, il dindonne et se rit des plus faibles. Politicus, ne nous trompons pas, est actif. Il est en général même hyper actif. Constamment affairé à tisser et consolider les liens de sa coalition, escarmouche à droite, à gauche, repli stratégique, offensive surprise, angoisses, colères et euphories, Politicus est un gros consommateur d’adrénaline. Homme du présent, de l’instant, opiniâtre, il supporte les disgrâces, mûrit ses vengeances et prépare toujours son heure. Pendant ce temps Populus travaille et se démène. Politicus méprise Populus. Surtout le Populus qui n’a pas voté pour lui. Et qui, malgré son opposition, est contraint de payer tribu à Politicus. Car une fois élu Politicus devient l’Etat, entité abstraite et supérieure aux hommes qui a sa propre raison, ses propres lois, ses fonds occultes, ses tractations de coulisses, ses hommes de main… Parfois, Populus se révolte envahit les rues, boude le travail. Alors Politicus devient miel promet tout et son contraire, organise assises, médiations, commissions, légifère et réglemente dans la hâte et la fébrilité. Enlève à Pierre pour donner à Paul. Bientôt, Populus désorienté et fatigué se calme, Politicus peut reprendre alors ses affaires. Pauvre Populus, il est tellement naïf… Et puis ne vit-il pas en Démocratie, le moins mauvais des systèmes politiques ? Depuis plus de deux siècles, on le trompe. Comment pourrait-il découvrir la supercherie puisque tous sont dupes. Et ceux qui ont compris ont tout intérêt à se taire. Qui pourrait en effet s’élever au milieu de la mêlée et démasquer l’imposture ? Mediaticus le pourrait. Il faudrait pour cela qu’il le découvre, ensuite qu’il le dévoile. Mais que cherche Mediaticus ? Plusieurs choses sans doute, mais il vit du scandale et du pouvoir. Politicus, par ses indiscrétions, distille à Mediaticus les rumeurs de scandale. L’habile et rusé Politicus sait aussi honorer Mediaticus, en l’invitant aux bons endroits aux bons moments. De son côté Mediaticus se fait renard, et il ne manque pas de vaniteux corbeaux chez Politicus qui ne lâchent parfois un fromage. Le scandale éclate alors, pendant des jours entre commentaires des uns et des autres, révélations, documents égarés dans les rédactions, rebondissements juridiques… Mediaticus se gave… Il n’est pas ingrat et saura par ses silences récompenser les rumeurs… Non, Mediaticus ne le peut pas, il est lui aussi issu de la République, il a conquis sa liberté par son sang. L’idée que, pendant deux siècles, il a défendu une imposture en prenant pour Pouvoir démocratique une aristocratie de partis, est pour Mediaticus impossible à envisager. Certes il dénoncera volontiers la Nomenklatura, appellera à plus de responsabilité, chiffrera quelques gaspillages et malversations… mais Mediaticus ne peut s’arrêter, l’actualité lui file entre les mains. Les questions de fond sont trop longues et complexes…En quoi réside exactement l’imposture. En fait, il nous manque la chambre des représentants tirés au sort. Nous avons des représentants élus, mais pas de représentants tirés au sort. Or il n’y a qu’avec cette chambre du peuple qu’un système politique produit de la démocratie. Sans elle le système produit de l’aristocratie de partis ; les Athéniens le savaient et nous l’avons oublié. Pour parfaire notre système politique il faut introduire cette nouvelle chambre et la doter de pouvoirs.

Mediaticus :
- Mais, nous ne sommes pas une cité antique, nous sommes des millions, comment tirer au sort, et le sort désignera-t-il les meilleurs ? Qu’avons nous à faire d’une chambre d’incapables ? N’en a-t-on pas déjà suffisamment ?

Sagitus :
- Techniquement, constituer un panel représentatif de 500 à 1000 personnes au sein d’une population ne présente aucune difficulté. Quand à la capacité, nous ne recherchons pas les meilleurs mais une image la plus fidèle possible du peuple, sa ressemblance. Nous ne recherchons pas la compétence, nous introduisons la conscience. Nous ne voulons pas de vote politique, de votes de groupes, de votes de clans, nous voulons les votes de personnes en conscience sur des principes de sagesse, d’équité et de droits.

Politicus :
- Et qu’est-ce que je deviens moi ? que faites-vous des milliers de votes que j’ai réunis sous mon nom ? Vas-t-on s’en remettre au hasard et dénier le droit que possède le peuple de désigner par son vote les élus qui vont le représenter ?

Sagitus :
- Mais Politicus, ce n’est pas ta mort qui est proposée, c’est en fait ta renaissance. Tu es essentiel. Demain ce n’est pas à quelques députés assoupis et partisans que tu t’adresseras. Devant toi, tu auras un auditoire avide, qu’il faudra convaincre à chaque discours. Les jeux ne seront pas joués d’avance par les disciplines de groupe. Les lois que tu portes au fond de toi, dont tu sais l’importance, enfin tu pourras les soumettre. Ton art et ta connaissance des choses publiques sont indispensables pour éclairer les votes, le carcan du parti te sera plus léger, tu verras. Et puis tu gardes le gouvernement. N’est-ce pas cela que tu convoites ?

Politicus :
- Je ne vois toujours pas l’utilité de cette nouvelle chambre, le pays deviendra ingouvernable !

Sagitus :
- Politicus, toute aristocratie a une fin, seul Populus résiste au temps. L’aristocratie des rois et des empereurs a été balayée. Tu représentes l’aristocratie des partis et toi aussi le vent de l’évolution t’emportera. Tu perds de jour en jour ton crédit auprès de Populus. Tu es moribond, tes organes se décomposent, l’odeur va bientôt devenir insoutenable. De grand ordonnateur, tu es devenu un arbitre partial et corrompu, bientôt on t’expulsera du stade. Veux-tu finir ainsi dans les poubelles de l’histoire ? Toi Politicus, qui dans le passé a milité pour l’éveil du peuple, au moment où il sort des nimbes tu t’inquiètes pour ton sort ?

Politicus :
- Mais enfin, le contexte international, la difficulté des choses, le monde complexe dans lequel nous vivons, comment des gens tirés au hasard dans une population pourront-ils juger qu’une loi est bonne ou mauvaise ?

Sagitus :
- Politicus, qu’est ce qu’une bonne loi ? Est-ce à moi de te le rappeler ? La loi est faite pour Populus, s’il ne peut la comprendre, ce n’est pas Populus qui est mauvais mais la loi. Populus s’organise spontanément et gère une complexité bien plus grande que tu ne peux imaginer. Il est fort capable pendant 3 à 5 ans, une fois dans sa vie, de juger en son âme et conscience si une loi est bonne ou mauvaise, nécessaire ou inutile. A toi de faire des lois simples, Populus en jugera. Laisses ensuite aux tribunaux et aux juges le soin d’appliquer la loi aux cas d’espèce.
Politicus :
- Dans un monde complexe la loi ne peut être simple, tu le sais bien » (ricanements).
Sagitus :
- Le monde est peut-être complexe Politicus, mais les hommes sont restés les mêmes, ils aiment et détestent, souffrent et jouissent. Rires et pleurs d’aujourd’hui sonnent comme hier. La loi n’est pas là pour gérer la complexité du monde, la loi n’est pas là pour prescrire mais pour interdire. La loi est faite pour les hommes, pour protéger la liberté de chacun, non pour servir tes desseins Politicus. Le monde est suffisamment complexe sans qu’il y ait besoin de compliquer aussi les lois des hommes. Tu ricanes Politicus, ton cynisme, n’est-il jamais repu ? Car ce monde qui se couvre de menaçantes nuées est ton monde. On te voit courir à droite à gauche de meeting en meeting, de studios en plateaux, conférences après conférences partout clamer haut et fort que tu as changé le monde et que tu t’apprêtes à le changer encore. As-tu vaincu les guerres ? As-tu vaincu la faim, le viol et la misère ?

Politicus :
- Non, mais…
Sagitus :
- Non ! Alors tu as échoué et tu es condamné, car depuis toujours c’est la paix que Populus désire plus que tout. Tu as échoué Politicus. Ta Démocratie vend des armes, tu participes aux massacres, tu encourages les intrigues. Et lorsque parfois tu t’engages, soudainement devenu chevalier de la Paix, c’est Populus qui t’y pousse horrifié par les atrocités, la souffrance des peuples désarmés lui est insupportable. Ta République, ta politique nous corrompent. Tu représentes à toi seul, la Nation, et tu obliges son Peuple à assister à cet insoutenable spectacle de telle mère le cœur déchiré, les yeux noyés d’avoir trop pleuré, qui exhibe devant Mediaticus son enfant mort dans des combats à ta gloire. Quels sont ces prétendus intérêts supérieurs qui conduisent les troupes des démocraties à assister impuissantes aux pires génocides ? Quand avons-nous donné notre consentement ? Tu vas en guerre sous les pressions, puis tu laisses humilier nos soldats. Pour finir tu nous obliges à soutenir le bombardement de villes et pour cela tu avives notre haine. Que n’es-tu pas entré dans Bagdad en libérateur, quand tu le pouvais ! est-ce pour que nous puissions contempler depuis 10 ans la misère d’un peuple sous embargo subir le joug de son dictateur ? Pourquoi ne pas s’être retranché dans Sevrenivsca ou Pristina, la guerre était là, si pour finir on allait devoir bombarder Belgrade où la guerre n’était pas. Veux-tu délibérément nous compromettre en faisant de nous les complices de ton impuissance, de tes discordes et hésitations meurtrières ? Voir s’achever un siècle de massacres par un dernier massacre, voilà ton bilan Politicus. C’est ton bilan pas le nôtre, ne mêles pas les peuples à ces horreurs. A cela ils n’ont jamais consenti ! Toujours ils l’ont subit. Populus a déjà beaucoup sacrifié à tes idéaux Politicus, partout il aspire à la paix
Politicus :
- Il t’est facile à toi, qui es loin des responsabilités d’être un donneur de leçons. Crois-tu que ton peuple soit si pur ? N’est-ce pas lui qui à chaque fois participe aux massacres ?
Sagitus :
- Tu as raison Politicus, mon Peuple comme tu dis n’est pas si pur. Jamais il ne le sera du reste. C’est pourquoi l’Etat de Droit lui est indispensable. Mais ce n’est jamais spontanément que Populus s’élance dans les rues, les armes à la main pour assassiner ces voisins d’hier. Ceci n’est que l’aboutissement, la partie visible de l’iceberg. Avant qu’une société ne sombre dans le chaos, elle doit être ébranlée pendant des mois, parfois des années. Qui pendant tout ce temps a essaimé son fiel ? Qui par ses surenchères irresponsables, ses ultimatums, ses slogans a désigné le « bouc émissaire » et attisé les haines ? Je te vois qui pâlit Politicus. Tu le sais bien, pas de foule sans tribun, pas d’expiation sans sacrifices. Les débats des cafés du coin ne conduisent, au pire, qu’à des bagarres hésitantes de pochetrons. Lorsqu’une foule se trouve opportunément armées, qui distribue les armes ? Qui finance et organise la révolte ? Qui fusille le déserteur ? Qui, si ce n’est toi et tes alliés du moment Politicus.
Politicus :
- Certes dans le passé j’ai fait des erreurs et j’admets que ceci a entraîné quelques dégâts collatéraux auprès des populations. C’est vrai que parfois les utopies que j’ai défendues ont conduit à des conflits, mais d’autres ont amené la démocratie, le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple. L’esprit radical n’a-t-il pas construit ensuite l’instruction pour tous ? Peut-être ne sommes-nous pas une démocratie, mais une méritocratie, les plus aptes gouvernent. Ils sont sélectionnés dès l’enfance par l’Education Nationale, ils forment l’élite de nos grandes écoles et universités. Ils ont construit l’Etat de droit, grâce à eux Populus n’a plus à craindre le despote. Ils étaient là en 1848 auprès de lui !
Sagitus :
- Puisses-tu suivre les traces des plus illustres de tes prédécesseurs et les dépasser Politicus, car tu me parles de passé et moi d’avenir. Tu crois avoir fini ton œuvre, alors qu’il y manque la clef de voûte. Donne à Populus sa chambre du peuple et ta démocratie sera complète. Que les chambres des élus décident de la politique et que celle du peuple l’entérine en son âme et conscience. Si tu es vertueux et que tu ne fais qu’un avec Populus tu n’as rien à redouter de lui. Par contre toi le corrompu, le médiocre, le scribe zélé, pars et cache-toi, fais-toi vite oublier car Populus pourrait bien te demander des comptes. Politicus, ton heure de gloire sonne maintenant, extirpe-toi de la bureaucratie, élève-toi au-dessus de la mêlée, personnifie les plus hauts sentiments de l’homme, embrasse le monde de fraternité et de justice et Populus sera alors un allié indéfectible ! Ne laisse pas le sort de l’espèce dépendre des susceptibilités et des humeurs des plus ou moins grands de ce monde. Toi qui a l’âme politique et le cœur au peuple sculpte la dernière pierre de ton édifice qu’il puisse servir de refuge au milieu des tempêtes qui s’annoncent.
Politicus :
- Mais mon bon Sagitus, ce n’est pas ce que Populus me demande, lorsque je reçois à mon ministère tel représentant de telle profession, il demande que je réglemente que je légifère que je protège.
Sagitus
- Enfin Politicus, tu ne fréquentes que des Politicus et des Mediaticus, les représentants dont tu parles sont aussi éloignés de Populus que tu peux l’être toi-même. Ils sont comme toi : une fois élus ils ne représentent plus qu’eux-mêmes. Ils doivent comme toi tisser leur toile pendant des années pour asseoir leur position. Hommes et femmes de pouvoir sont arachnéens. A chaque omission coupable, à chaque pieux mensonge, à chaque duperie réussie, ce qui n’était que condescendance affective devient, à force de pouvoirs et d’éloignement, oublis méprisants. Ils oublient tout simplement Populus. Celui-ci, pour ce faire entendre, est obligé de casser, bloquer, saccager. Chacun sort alors à son tour du grand coucou suisse de Mediaticus et entame à son heure son refrain. Ça commence par le terrain. Le syndicaliste tente de nous faire pleurer sur la condition ouvrière. Du Zola technocratique tinté d’une ombre de marxisme léninisme, affligeant. Le paysan explique juché sur un tracteur 4x4 doté d’un hydraulique dernier cri, qu’il meurt de surproduction et de surendettement. Toutes les 6 heures apparaît un petit vizir. Il va alternativement de gauche à droite ou de droite à gauche. Il tente de capter l’attention pendant les 8 secondes que lui accorde Mediaticus, Grand horloger de l’information, Maître du coucou. Lorsqu’il va de gauche à droite le vizir dit : « le gouvernement est sensible (s’il y a des morts ou des blessés accidentels, il peut aller jusqu’à l’émotion ; lorsqu’il y a meurtres ou des sévices importants, on conseille le terme : horrifié). Il délégue sur place les moyens nécessaires. Il exprime la gratitude de la nation envers ses hommes et ses femmes admirables qui font un travail extraordinaire dans des conditions d’extrêmes difficultés. Il s’est saisi du dossier, une concertation est ouverte entre Trupignol et Tartignole qui devrait aboutir à des mesures concrètes. D’ores et déjà il annonce qu’il débloque une enveloppe (au montant de l’enveloppe tout le monde se tait)… qui manifeste la volonté du gouvernement d’agir vite ». Puis assailli par Mediaticus qui attend sa confidence ou son petit mot, le petit Vizir disparaît dans le coucou. Lorsqu’il se déplace de droite à gauche, le petit vizir dit : « l’opposition est très (sensible, émue, horrifiée), mais elle constate que les moyens mis en œuvre sont très largement insuffisants, ceci, malgré le travail admirable des hommes et des femmes qui se dévouent dans des conditions que la politique de l’actuel gouvernement a rendues insupportables. Elle note une fois de plus que le gouvernement s’est saisi du dossier dans la fébrilité, sans véritable concertation préalable entre Turpignol et Tartignole. L’enveloppe promise est scandaleusement insuffisante, ce qui en dit long sur le dédain que manifeste le gouvernement pour cette affaire ». Mediaticus quémande son petit os et petit vizir disparaît. Mediaticus revient toutes les heures répéter les messages et les confidences qu’il a pu glaner, il analyse, débat amplifie... Pendant ce temps on entend le tic tac de Populus qui travaille.
Mediaticus :
- Je vous interromps messieurs car une nouvelle nous vient des Etats-Unis : une tour du World Trade Center de New York vient d’être percutée par un avion… L’attaque terroriste se confirme, après qu’un deuxième avion ait à son tour heurté la deuxième tour. Le spectacle est stupéfiant : les deux tours du plus grand centre des affaires au monde sont maintenant en feu… On apprend à l’instant que le Pentagone est à son tour la proie des flammes, les témoins parlent là aussi d’un avion… Un quatrième avion s’est écrasé en Pennsylvanie… Notre émission s’interrompt. Place à l’actualité édition spéciale USA under attac.